Signes et symboles de la tradition
Elie-Georges Berreby prend le bois, étudie sa vocation, accentue ses
traits, dégage ses veinures et produit des signes et des symboles qu’il
appelle de la Tradition, mais qui sont plus une recherche du vide
qu’une concrétion de la forme.
Elie-Georges Berreby sculpte le bois. Premier problème. Le bois ne
résiste pas comme la pierre ou le métal. Il est plus docile et par
conséquent moins convaincant. Le bois est plus ornemental et moins
métaphysique que le marbre, le granit ou le bronze. Le second problème
consiste à élucider jusqu’à quel point la sculpture s’est arrêtée,
prisonnière, comme un instant immobilisé de la création au lieu de
parcourir tout son processus. Est-ce capacité de synthèse ou absence
d’envol poétique ? Finalement, comme dans certains dessins de Cuevas,
on se demande si la tache est le sujet ou si le sujet fait partie de la
tache. Est-ce l’empire de la spontanéité, la direction implicite du
hasard ou est-ce une conspiration entre artiste, sujet et matériel qui
produit ces figures ?
C’est pourquoi quelques œuvres telles que Androgyne, Couple, La mère ou même Aleph comportent de rares éléments d’abstraction. Tandis que d’autres comme Méditation ou La force efficace
sont réellement des signes ou des symboles en quête d’une tradition.
L’artiste ici est à la fois le psychologue et le patient face à des
planches de Rorschach avec un abîme d’implications intimes et profondes dans la verbalisation des suggestions.
La figure la plus attrayante s’appelle Evolution
: un tracé calligraphique, un corps africain ondulé par la volupté
qu’il suffit de retourner pour qu’elle se transforme en anguille et de
placer à l’horizontale pour qu’elle ressemble à une mouette en vol.
Ainsi, le dessin tridimensionnel en bois est pour Elie-Georges Berreby
un exercice pour arracher des moments au vide, des blessures à l’espace
et dont le message individuel s’ouvre sur de multiples images et
conjectures.
Guido Fernández